Bavardages

Pâques et ses souvenirs

Aujourd’hui, c’est Pâques. La plupart du temps quand j’étais petite, nous allions chez mes grands-parents pour ce week-end de trois jours. 19190_10153208533707520_3074420552237441837_nJe voyais quelques-uns de mes cousins, même les grands qui avaient maintenant leur vie à eux. Je me souviens quand j’avais deux ans, de ma robe à fleurs qui arrivaient à mes chevilles, du panier en osier que Mamie avait trouvé pour moi et de la chasse aux chocolats dans le jardin, parmi les fleurs de Papi, c’était franchement pas évident de tous les trouver. Je me souviens que chaque année, il y avait sur la grande table une poule ou un énorme œuf en chocolat que l’on cassait au marteau à la fin du repas et dont on mangeait les morceaux tous ensemble. Je me souviens aussi de mon grand-frère qui avait caché des œufs sur l’étagère au-dessus du radiateur et qu’ils avaient fondu avant que je les trouve.

Je me souviens des parties de dauphin-dauphine dans le jardin avec les cousins ; j’étais la plus jeune, la plus petite, je ne comprenais pas les règles mais j’adorais ça. Je me souviens des barbecues l’été et les crêpes ou galettes de Mamie toute l’année « Il n’y a pas de saison pour les crêpes mon p’tit gars » qu’elle disait à mon père… je n’ai jamais mangé de crêpes et de galettes aussi bonnes que celles qu’elle faisait. Mamie est décédée en se brossant les dents un soir de novembre 2013. Papi a entendu un boum et a appelé les dames de la maison de retraite quand il l’a trouvée là, par terre, dans la salle de bain, avec sa brosse à dents pleine de dentifrice à la main. Elle était fatiguée, son cœur était malade, l’heure était venue. Je m’en suis atrocement voulu de ne pas lui avoir rendu visite plus tôt, « avant ça ». J’ai tenu à la voir une dernière fois, avant qu’on la mette dans sa boîte en bois. J’ai voulu lui dire au revoir, la regarder. Ça a duré deux minutes je pense mais j’ai eu le temps de faire défiler tous les souvenirs partagés avec elle. Toutes ces fois où elle m’envoyait chercher le pain en m’expliquant le chemin, même vingt ans après ma naissance, toutes ces fois où elle me trouvait changée, toutes ces fois où elle me faisait six bisous forts en me serrant dans ses petits bras, toutes ces fois où elle m’enveloppait de son odeur d’eau de Cologne à la lavande qui encore maintenant m’émeut aux larmes quand je la sens, toutes ces fois où je l’entendais parler toute seule en cuisinant, toutes ces choses qu’elle m’a apprises… Toutes ces fois où elle pleurait en nous disant au revoir avant qu’on remonte dans la voiture : elle et Papi sortaient de la maison et suivaient du regard notre voiture qui s’en allait dans la rue, ils nous faisaient des signes de la main jusqu’à ce qu’on tourne après le panneau stop.

Mes grands-parents sont nés dans les années 20. Ils nous racontaient les histoires de leur village, de leur famille, notre famille. Ils nous emmenaient dans leurs souvenirs. J’adorais ça. Même quand il était tard le soir et que mes yeux d’enfant fatiguaient… j’écoutais. J’étais là, en face d’eux, assise à la grande table du salon et je les regardais se remémorer leur enfance, l’oncle de Papi dans les tranchées, le travail dans les cuisines du château, le travail dans les champs, le travail à l’usine, la guerre, le STO, le décès de leurs parents, leur mariage, les premiers enfants, les premiers petits-enfants, les premiers arrière-petits-enfants. Ils citaient des noms de personnes que je ne connaissais pas mais j’essayais de tout comprendre et c’était bien mieux que toutes les histoires du soir.

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Aujourd’hui c’est Pâques et j’ai appelé mon grand-père, parce que c’est dimanche et que c’est un peu la tradition. Je ne l’appelle pas souvent, je devrais. Je lui écris parfois, et autrement je demande à Papa de lui donner de mes nouvelles. Lundi, quand j’ai annoncé à Papa que j’avais été embauchée, il m’a dit « Tu sais, j’ai eu mon père au téléphone hier et il m’a encore demandé de tes nouvelles… Tu sais, il demande toujours comment on va mais en ce moment, comme il sait que tu cherches du travail, il me parle toujours de toi « et Emilie ? Ça va ? Ce n’est pas trop difficile ? Ohlala après toutes les études qu’elle a fait, ce n’est vraiment pas évident… Je pense très souvent à elle, j’espère qu’elle trouvera »… Il va être content quand je vais lui annoncer que tu as trouvé » BOUM. Ça m’avait émue. Parce que je ne pensais pas. Je ne croyais pas que mon petit Papi, dans sa maison de retraite, avait une telle conscience concernant ma situation. J’ai été touchée, et je n’ai pas pu m’empêcher de penser que, décidément, Pâques et le printemps amenaient leur lot de souvenirs, de nostalgie et d’émotion.

Il y a quelques jours, je dégustais mes premières fraises de l’année 2017. Non sans une nostalgie certaine qui revient chaque année, tous les ans depuis que je suis adulte, encore plus depuis le mois de novembre 2013. J’avais raconté sur Instagram les souvenirs que de simples fraises pouvaient me renvoyer. Ma grand-mère dans le jardin, courbée pour ramasser les plus belles fraises pour nous, ses petits-enfants. J’ai grandi à côté de Paris, alors que la plupart de ma famille paternelle était restée en région nantaise, où mon papa est né. La maison de mes grands-parents était celle qui avait été construite à la naissance de mon père, sixième enfant de la fratrie. C’était une grande famille, dans une maison pas si grande que ça, mais suffisante pour accueillir tout le monde.

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Cette maison était un point de repère. On s’y retrouvait. Pour Pâques évidemment, mais aussi pour Noël, pour les premiers jours de printemps et certains soirs d’été, pour les mariages, les naissances… puis plus récemment pour les enterrements aussi. Cette maison c’était quelque chose. Mais la vieillesse est arrivée avec la fatigue des escaliers à descendre et à monter, le risque de glisser sur le carrelage, les premières chutes sur la dalle en béton de la terrasse… Il a fallu expliquer ça à mes grands-parents, et il a fallu les mettre au chaud dans une maison de retraite. Il a fallu vendre. Il a fallu fermer ce portillon une dernière fois, après avoir dit au revoir à tous ces souvenirs. Nos souvenirs, mes souvenirs. Ça aussi ça nous a fait un gros boum dans le cœur, un genre d’explosion quand on a vidé les meubles de la cave au grenier, quand on a découvert des objets qui avaient été oubliés, quand on a réparti entre nous les meubles, la vaisselle, la déco parce que, ça avait beau être démodé et vintage, c’était une partie de nous et de nos souvenirs qu’on voulait garder. Ça a été dur quand on a fait le tour du jardin désormais pelousé qui avant était un immense potager, quand on a vendu les poules et nettoyé le poulailler une dernière fois, quand on a dit adieu à Marceline la grenouille de la mare, quand on a respiré le parfum des fleurs pour s’en souvenir pour toujours. Quand on a fermé cette maison, j’ai eu peur que mes souvenirs s’en aillent avec la clef que l’on donnait aux nouveaux propriétaires. Mais non. Le cerveau est bien fait (#paroledeneuro).

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Photo bonus : Parce qu’il y en a un qui est content qu’on ait mangé des Kinder Surprise cette année… Klimtouille a trouvé son nouveau grand amour ❤
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