Bavardages

Génération Y : rendez-moi mon portable !

Dimanche dernier, je suis allée courir avec mon papa. On adore ça, courir ensemble. C’est lui qui m’a transmis le virus du running et quand on en a l’occasion, on aime bien pouvoir faire la course et profiter de ce sport tous les deux. L’histoire aurait pu s’arrêter ici. Mais une personne mal intentionnée en a décidé autrement et a profité de notre absence pour voler nos portefeuilles, clefs et téléphones, que nous avions innocemment laissés cachés dans le coffre de la voiture.
C’est la première fois que l’on me vole. Usurpation d’identité, piratage bancaire, je connaissais. Mais la sensation de vol à proprement dite, non. J’ai mis un temps assez conséquent avant de réellement réaliser que je ne retrouverai jamais le portefeuille en cuir, cadeau de famille, que j’aimais tant. Qu’il fallait que j’appelle la banque pour faire opposition et commander une nouvelle carte. Que j’allais devoir refaire ma carte d’identité, mon permis de conduire, ma carte vitale, et mes cartes de réduction. Que ça tombait vraiment mal juste avant mon départ en vacances (à l’étranger… heureusement que mon passeport n’était pas dans mon portefeuille). Que j’allais être sans argent pendant minimum une semaine le temps de refaire ma CB. Et que je n’avais plus de téléphone… même pour appeler la banque, justement.

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Quand j’ai réalisé que je n’avais plus de téléphone, j’ai d’abord eu une sensation que j’aurais préféré ignorer, à savoir une profonde tristesse (j’ai honte). Comme si l’on m’avait pris quelque chose de précieux et immensément cher à mes yeux (N.B : je n’avais pas un smartphone d’une valeur de 700€ ou plus, plutôt 200-300€, ce qui est largement suffisant comme tarif à mon goût). J’avais envie de pleurer, je me sentais démunie. Puis très vite, j’ai pensé que, finalement, ce n’était pas si grave. Ce n’était que matériel, ce n’était qu’un téléphone, ce n’était pas un cadeau. On ne m’avait pas agressée pour obtenir ce téléphone. Mon père et moi n’avions pas été rackettés ou blessés. Puis, tout avait été sauvegardé et, un téléphone, ça se change. Voilà la première leçon que j’ai tirée de cette mésaventure : relativiser.

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J’ai ensuite commandé un nouveau téléphone pour l’avoir avant de partir en vacances. Encore une fois, je pars dimanche à l’étranger et je ne me voyais pas partir sans téléphone pour communiquer avec mes proches à distance.

Mais en attendant ?

En attendant, j’ai appris à vivre sans téléphone.
Je suis née en 1991, je suis donc une enfant de la génération Y, génération « why », parfaite cible marketing. Pas encore la vraie génération connectée, mais la génération Web 2.0 qui a vu apparaître les ordinateurs, les téléphones portables et le wifi dans les foyers. Quand j’étais petite, je n’ai jamais eu de console de jeu, ni gameboy ni tamagochi, et ça ne m’a jamais manqué. On avait un ordinateur à la maison dont je me servais pour jouer de temps en temps, et c’était déjà bien assez. J’ai eu mon premier téléphone portable en 5ème, à Noël. Vous vous souvenez de cette époque où l’on ne devait pas dépasser 50 caractères sous peine que le SMS se transforme en MMS et que ce soit surtaxé ? Aaaaah… Et dire qu’aujourd’hui, pour le même prix, tout est en illimité sur nos portables. Ce qui fait qu’on les utilise beaucoup plus, évidemment.
Moi la première, je suis en permanence connectée, j’ai sans cesse des notifications d’appli en tout genre, je passe beaucoup de temps sur cet écran finalement. Principalement, je passe du temps à regarder mes mails, communiquer par sms ou Whatsapp, et bien sûr, communiquer/poster/interagir sur Instagram. Je prends aussi des photos avec mon smartphone, bien que je lui préfère la qualité de mon appareil photo.

Ma vie sans téléphone

Alors quand je ne l’ai plus eu, ça peut paraître idiot, mais ça m’a fait une sensation réellement étrange. Ce n’était pas comme quand on part dans un coin retranché sans réseau pour un week-end. Je me suis rendue compte que j’avais des réflexes quotidiens (voire plus) liés à mon smartphone : me réveiller à l’aide de celui-ci, regarder l’heure alors que j’ai toujours une montre, vérifier si je n’ai pas une quelconque notification, simplement allumer l’écran, connecter Instagram dans le métro du matin, mais aussi celui du soir, regarder la météo pour le week-end, vérifier la météo heure par heure chaque matin pour savoir comment m’habiller, gérer mon agenda et mes rendez-vous, communiquer avec mes amis et ma famille… Je ne sais pas combien d’heures je passe sur cet écran quotidiennement. Certainement beaucoup trop à vrai dire.
Et là, contrainte de ne plus m’en servir, j’ai appris à faire d’autres choses. C’est bête mais on a tendance à ne pas se rendre compte de cet attachement qu’on a à nos téléphones aujourd’hui. Dans les transports en commun, j’ai observé les autres passagers et j’ai remarqué que nous n’étions que, sur quinze personnes dans un wagon, trois seulement, dont moi, à ne pas avoir notre téléphone à la main à l’instant t. C’est impressionnant. Je me suis sentie différente au début, comme une intruse.
Il m’a fallu 12h pour complètement mettre de côté le réflexe de vouloir regarder quelque chose sur l’écran de mon portable. Là aussi, c’est énorme ! 12h avant de ne plus y penser, 12h pour comprendre que ça ne servait à rien que je veuille le sortir pour regarder sur internet cette promo dont la pub dans le métro parlait…

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Et après ?

A vrai dire, Instagram et vous, la communauté qui s’est créée autour de mon compte, m’avez manqué. Le partage des photos et des instants de vie, les messages privés, les échanges… J’ai pris conscience de l’importance, parfois trop intense justement, que prenait cette application.
J’ai redécouvert le plaisir de lire dans les transports en commun. Chose que je faisais mais parfois après avoir passé quinze ou trente minutes sur mon téléphone. Dans tous les cas, j’ai lu plus de pages que d’habitude, c’est certain. Je me suis dit que, même un téléphone retrouvé, il fallait que je limite ces moments durant lesquels je suis complètement absorbée par mon écran. Ecrire un message en marchant, répondre dès que je reçois une notification alors qu’il n’y a rien d’urgent… Voilà, c’est ça : réaliser à nouveau « l’urgence ». Prendre conscience de ce qui peut ou ne peut pas attendre. Je sais que je reprendrai mes habitudes sur Instagram, ou à surfer sur internet lorsqu’une idée me viendra à l’esprit… Mais être moins attachée, moins scotchée, finalement moins aliénée par ce petit objet, c’est la chose que cette perte m’aura apprise. J’ai presque envie de remercier le voleur de m’avoir rendu mon cerveau et de m’avoir permis de décrocher de ces habitudes un peu trop néfastes (j’ai dit PRESQUE !).

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6 thoughts on “Génération Y : rendez-moi mon portable !”

  1. Très intéressant cet article et je suis plutôt d’accord avec toi… C’est dingue comme on est accro sans s’en rendre compte parfois et comme on oublie de vivre pour de vrai héhé ! Mais bon, on évolue avec notre temps… du moment qu’on est encore capables de décrocher 🙂 A très vite !

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  2. J’ai adoré cet article !! C’est dans ces moments qu’on se rend compte de la dépendance que nous avons !! C’est complétement fou et ça fait partie de mes bonnes « résolution ». Il y a des appli qui calculent le temps passé sur le téléphone par jour … je crois que ça peut faire peur !! En attendant bonnes vacances et profite pour te déconnecter 🙂

    Aimé par 1 personne

    1. Contente de voir que l’article t’a plu, et de constater que tu me rends visite sur mon blog 🙂
      Les vacances m’ont permis de me déconnecter oui ! et je sens que je suis déjà beaucoup moins dépendante qu’avant… affaire à suivre haha !
      Je t’embrasse !

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  3. Et oui, nous sommes des hypers connectés, je pense qu’on peut aussi profité de la vie même en étant les yeux sur un téléphone…en effet, il est bon de déconnecter de temps en temps, mais serions-nous ici à discuter ensembles si c’était le cas? Heureuse que tu es pu relativiser un peu….a bientot

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